38 ans, scientifique, je suis une autodidacte de la photographie. L’avènement du numérique m’a donné envie de poser mon argentique et de me mettre lentement aux outils informatiques…

Que m’apporte la Photo ?

Avec la photographie, je me découvre un peu plus tous les jours. En photographiant, j’ai l’impression de mieux appréhender le monde, de retranscrire ce qui régit le quotidien. Par l’image, j’accepte que l’éternité ne soit qu’un dogme. Je vole aux instants un peu de leur fugacité. Photographier, c’est palper le temps, une tentative pour ne pas lui laisser prendre trop d’ampleur.

Instants d’humour, de nostalgie, de témoignage, d’échange silencieux. Je photographie des instants de tous les jours ici ou ailleurs.

Quand je voyage, j’essaye toujours de faire un échange. Je parle et je laisse mon interlocuteur décider de ce qu’il me donne, me dévoile. Il a son message et je suis là uniquement pour le retranscrire. Je ne veux pas être dictateur, je ne vole pas les autres de leur intime. Le beau n’a pas de sens dans ce cas. Qu’est ce que la plastique d’un visage? Rentrer dans des normes? Prendre une photo qui atténue les proportions propres à chacun, aplanir leur image pour qu’elle soit plus apte à plaire unanimement? Faut-il bannir le « politically incorrect » que le sujet transmet. Photographier les autres cultures, est ce faire passer un message sur notre vision unique d’occidentaux? Ou témoigner de ce que l’Autre nous a donné au risque de ne pas plaire? d’énerver?

Lire me paraît indispensable, se baigner de phrases, se comprendre dans les explications des autres... Cependant, avec les mots, il arrive que je me perde. La complexité des ressentis, les nuances ne sont pas aisées à résumer en quelques lignes alors qu’une image, elle, poignarde d’un seul coup, tranchante et touchante. J’aime le flash intérieur que procurent les images. Cette explosion colorimétrique ponctuée de cadrages et de géométries. En une seule photo, je peux faire une overdose de ressenti.

Un texte, lu dans le métro et le coeur s’excite, le corps s’agite car les images affleurent, le scénario se construit. Mais bien sûr! J’ai déjà pris des photos en ressentant tout cela! Il me paraît alors impératif de regrouper, de fusionner ces deux mondes parallèles…

Avec les images, j’arrive à prendre le recul pour laisser mes émotions déborder avec confiance et ainsi se matérialiser. Elles passent d’un état éthéré à une concrétisation libératrice.

Pourquoi un blog ?

Lutter contre ce vieux fantasme de la création

Il s’en passe des choses dans l’irréel… Avec ferveur, j’ai observé pendant des années ce territoire inconnu, cet Eldorado : la création. Je le regardais de loin, le rêve était doux et frustrant. Je ne m’en approchais guère, les fantasmes sont tellement peu décevants. Ils m’évitaient de me confronter à ce que j’avais vraiment dans les tripes. C’était une fuite agréable et jamais décevante. Et puis, ce territoire s’est transformé en tentation infernale, il prenait de plus en plus d’importance dans mes frustrations. Puis, le temps a fini par défiler aussi pour moi. J’en avais les doigts brûlants, le ventre torturé. Comment était-il possible de continuer ainsi à se leurrer, à penser que dans l’attente se trouvait la solution. J’ai compris que la peur pouvait se dominer, que l’échec faisait partie des possibles et qu’il était acceptable. Je n’étais pas plus redevable de perfection que mon voisin. Après un afflux de cauchemards, où l’on me coupait les doigts, on me retirait despotiquement la possibilité de m’exprimer comme je m’en étais moi-même privée pendant des années, il y eu le déclic. C’était une évidence, je ne me retiendrais plus pour concrétiser mes rêves.

Toutes ces photos mentales, toutes ces images ingurgitées comme une nourriture solitaire, j’ai décidé de les rendre palpables. J’accepte, je veux le partage et l’ouverture. J’ai besoin du jugement.